
LES TRUFFES D'OUTREMONT
Truffes et Hockey
Pourquoi nous sommes des "Truffes" ?
Je ne ferai pas l’insulte au lecteur de cette page, que je présume être homme de culture (sinon, il ne serait pas là), de penser qu’il puisse ignorer la raison pour laquelle les membres de la plus glorieuse équipe de hockey d’Outremont (Qc) s’appellent « les truffes ». Mais, internet étant consultable en tout point de la planète et l’éducation des jeunes générations laissant parfois à désirer, je me livrerai néanmoins à un bref rappel historique.
Selon la légende officielle, le hockey aurait été inventé à Montréal par des étudiants anglophones de l’université McGill… Permettez-moi de pouffer en écartant d’un revers de la manche méprisant ces calembredaines. Billevesées que cela. Il s’agit à l’évidence d’une nouvelle illustration de la vieille propension britannique à s’approprier l’invention des sports modernes qui ne saurait tromper l’historien averti. Le vigilant soucis d’objectivité historique qui guide mon propos m’impose de rappeler que, pas plus que le rugby (dont on sait avec certitude qu’il a été inventé en France au moyen-âge sous le nom de « soule » et pas par les étudiants proprets et souvent dotés de lunettes épaisses qui peuplaient les gazons de l’université de Rugby), le hockey n’est une invention des sujets que sa gracieuse Majesté comptait aux confins glaciaires de son empire. Non.
Le hockey a été inventé vers l’an 197 de notre ère par des légionnaires romains en poste sur le mur d’Hadrien. L’hiver était alors long et rude au sud de l’Ecosse.
Le réchauffement climatique n’est pas à l’ordre du jour et on se caillait sauvagement sur les bords de la Tweed, à plus de 10.000 kilomètres de Rome, de son cirque, de ses cabarets et de ses romaines (je parle des salades, bien sûr). Et, en hiver, ces légionnaires s’ennuyaient prodigieusement, car pour être barbares, les écossais contre les attaques desquels ils devaient défendre l’empire n’étaient pas fous et restaient, eux, sagement au coin du feu à se gaver de panse de brebis farcie en attendant le printemps.
A cet instant du récit, je devine déjà l’œil avide de sciences du lecteur de cette page s’aviver d’une lueur géniale : évidemment, une dizaine de gars désoeuvrés devant passer plusieurs mois dans la neige et la glace a besoin de trouver des divertissements ; et comme à cette époque on captait très mal les programmes de la Rai au Sud de l’Ecosse, il leur a fallu improviser avec ce qu’ils avaient sous la main.
Et c’est là que la petite histoire rejoint la grande.
Le 18 janvier 197 (on le sait avec certitude grâce au formulaire B345A adressé par un centurion de la 18e légion, 304e centurie, à Rome pour expliquer le fort taux d’accident du travail dans sa section), les légionnaires Caïus Oupsaglis et Tiber Menalosporus, chargés du ravitaillement en eau, se sont rendus au bord de la rivière, ont fendu la glace et rempli bombonnes et gourdes, pressés de rentrer jouer aux dés. Mais si les sandales réglementaires du légionnaire avaient fait leur preuve dans le désert libyque, elles étaient peu adaptées à la glace écossaise (plusieurs notes de services en témoignent).
Bref, ce qui devait arriver arriva, Oupsaglis a chu sur la glace et glissé sur plusieurs mètres laissant échapper ses gourdes. Incapable de se relever et agacé (Caïus était sicilien et très susceptible) par les gloussements hystériques de Menalosporus (qui l’attendait sur le bord, car il était plus gradé), il saisit une branche dans l’espoir de rattraper la gourde qui avait glissé le plus loin de lui. Malheureusement, il ne réussit qu’à la projeter brutalement dans les tibias de son chef, qui perdit tout d’un coup le sens de l’humour. Saisissant à son tour un bâton pour faire comprendre plus précisément à cet abruti d’Oupsaglis le sens de son propos, il tapa fermement avec son bâton sur la gourde, qui s’écrasa sans complexe sur l’appendice nasal proéminent du légionnaire Oupsaglis. Celui-ci s’étant relevé, il jeta ses gants sur la glace et glissa tel un patineur vers son chef pour écraser ses phalanges réglementaires sur les joues flasques de ce dernier. Erreur ! La sanction tomba aussitôt : « Misenéchecus » (trois jours de cachot ; dura lex sed lex, disait-on alors). Assistant au spectacle depuis leur baignoire ou leur sofa, le reste de la décurie ne fut pas long à vouloir venir jouer aussi. Et c’est ainsi qu’une dizaine de légionnaires s’est munie de bâton pour pousser des gourdes sur la glace, en cherchant à les balancer vigoureusement dans les tibias du moins rapide de ses congénères.
Ce n’est qu’ultérieurement, compte tenu du nombre de jambes cassées et de légionnaires émasculés à coup de gourde, qu’une ordonnance impériale imposa (en 199) que l’on joue désormais en deux équipes, avec une seule gourde, en désignant un individu par équipe (appelé le « golus », souvent un tricard ou un esclave) que l’on devait viser (et lui seul) pour marquer des points.
Le hockey était né, le surplus de ses règles modernes n’étant que fioritures et decorum. Et il donc bien un des legs les plus importants des légions romaines à l’humanité ébahie et reconnaissante.
Mais, me direz-vous, quel est le rapport avec la truffe et Outremont ?
Plusieurs générations de chercheurs ont sacrifié leur santé physique et mentale à la recherche des origines mythiques du hockey. Leurs efforts ne furent pas vains, puisqu’ils ont mis en évidence le fait que le nom affectueusement donné par les légionnaires à la gourde avec laquelle ils se cassaient mutuellement les membres en rigolant, était « truffae ». Pourquoi ?
Tout érudit de calibre ordinaire sait que la 18e légion, avant d’échouer aux frontières de l’Ecosse, avait occupé le Périgord au sud-ouest de ce qui était alors la Gaule transalpine. Ses légionnaires y ont savouré longuement les truffes locales, ce qui n’a – bien évidemment – pas manqué de marquer le vocabulaire des troupes. Or, le nom latin de la truffe noire était « Tuber Melanosporum » et, plus vulgairement, « truffae ».
Jouant habilement – le destin est tout de même mutin quand on y songe – de la similitude de consonance entre le nom de son chef (Tiber Menalosporus) et celui de la truffe (Tuber Menalosporum), Caïus Oupsaglis, décidément très rancunier, avait surnommé son chef « truffae »… Mais ne pouvant pas l’insulter directement, il avait pris l’habitude d’appeler par dérision « truffae » la gourde dans laquelle il tapait joyeusement pendant les parties de hockey en visant le golus (V. la remarquable étude de E. J. Brugner, La truffe sur glace, aux origines du hockey) !
D’ailleurs, Caïus se moquant souvent des maladresses de Tiber Melanosporus sur la glace, avait inventé une expression, qui fit flores parmi les légionnaires en poste au Nord de la Loire avant d’être reprise par Jules César lui-même : « alea truffae est » (« La truffe » est aléatoire, sous-entendu, sur la glace).
Telle est la vérité historique que l’on ne saurait masquer, dussions-nous briser les tabous de l’histoire officielle.
Alors, pourquoi les truffes d’Outremont ? Parce qu’en hommage respectueux à leurs glorieux ancêtres gallo-romains, les fondateurs de l’équipe des « truffes d’Outremont » ont souhaité revenir aux origines de ce sport incomparable. Ils ont voulu constituer une équipe digne de ses grands ancêtres, qui respecte vertueusement l’esprit fondateur de ce sport, esprit qui doit continuer à en constituer l’essence aujourd’hui encore. Pour cela, les membres de l’équipe doivent répondre à plusieurs conditions : être gallo-romain, ne pas savoir patiner, vouloir résolument marquer des buts et aimer le vin chaud (le vin romain était épicé et sucré, ne l’oublions pas).
Et c’est à Outremont, dont le nom évoque les collines bigarrées et inégales des Lowlands et du Périgord, qu’ils ont trouvé un environnement digne de cette renaissance du hockey des origines à laquelle ils entendent contribuer avec dévouement. CQFD.
Notre devise : « Cum calidum vinum, Truffis Altramontis semper victoris ! ».
Notre cri de ralliement, celui de la truffe : « Truuuuffes ! ».
Go, truffes, Go !


